juin 11, 2021

Stratégie de propriété intellectuelle pour les entreprises cosmétiques

La propriété intellectuelle constitue l’épicentre de l’économie de l’immatériel : ces actifs représentent aujourd’hui une part majeure de la capitalisation boursière immatérielle des multinationales cotées. Sur le plan juridique, la loi Pacte illustre la prise de conscience croissante des enjeux liés à l’innovation comme levier de croissance et de compétitivité. La cosmétique tient une place majeure dans l’économie française — deuxième poste d’exportation du pays, leader mondial avec environ 23 % des parts de marché.

Qu’est-ce que la propriété intellectuelle ?

Elle regroupe la propriété industrielle (protection et valorisation des innovations : brevets, dessins et modèles, marques) et la propriété littéraire et artistique (droits d’auteur et droits voisins). En France, ces normes se trouvent dans le Code de la propriété intellectuelle.

Le secteur des entreprises cosmétiques — parfumerie comprise — représentait environ 24 milliards d’euros pour la France en 2018, selon la fédération professionnelle du secteur.

Les bénéfices d’une stratégie de propriété intellectuelle

Qu’elle soit start-up, PME ou multinationale, toute entreprise peut tirer parti du management de la propriété intellectuelle pour plusieurs objectifs :

Un atout concurrentiel majeur. Ces stratégies permettent de différencier son offre et de protéger son monopole, favorisant l’accroissement des parts de marché et de la rentabilité. La protection de l’innovation empêche un concurrent de commercialiser un produit présentant les mêmes caractéristiques.

Un accélérateur de croissance. Le management de la propriété intellectuelle accompagne le développement via la R&D et les projets d’innovation — définie par l’INSEE comme l’ensemble des activités créatives et systématiques entreprises pour accroître les connaissances et concevoir de nouvelles applications. Le secteur cosmétique investit chaque année plusieurs centaines de millions d’euros en R&D.

Un outil de communication. La reconnaissance ou le leadership technologique d’une entreprise améliore sa notoriété et son pouvoir de négociation auprès de ses partenaires.

Un outil de capitalisation immatérielle. Un portefeuille de titres de propriété industrielle rassure les investisseur·euses et facilite la levée de fonds — la détention d’un brevet multiplierait par trois les chances de décollage d’une start-up, selon une étude spécialisée.

La protection des actifs immatériels

Le droit d’auteur. Le créateur d’une œuvre originale, qui manifeste l’empreinte de sa personnalité, bénéficie d’une protection dès sa création, sans formalité de dépôt (articles L. 111-1 et L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle). Il dispose de droits patrimoniaux (représentation, reproduction) et de droits moraux (divulgation, paternité, respect de l’œuvre, repentir et retrait), protégés pendant 70 ans post-mortem. Le packaging d’un cosmétique peut être protégé par le droit d’auteur ; la fragrance d’un parfum, en revanche, ne peut actuellement pas l’être.

Le brevet. Il confère un droit exclusif sur l’exploitation d’une invention brevetable — une solution technique répondant à un besoin technique — à condition d’être susceptible d’application industrielle, nouvelle, et impliquant une activité inventive (articles L. 611-10 et suivants). Protégé 20 ans à compter du dépôt, il se dépose à l’INPI pour la France, à l’Office européen des brevets pour une protection européenne, ou via une demande PCT pour une extension internationale dans plus de 150 pays. Le secteur cosmétique se distingue par une R&D particulièrement performante en nombre de brevets déposés par euro investi.

Le dessin et modèle. Il protège l’apparence des produits, à condition d’être nouveau et de présenter un caractère propre (article 511-2). Protégé 5 ans renouvelables jusqu’à 25 ans maximum, il se dépose à l’INPI, à l’EUIPO ou à l’OMPI selon la portée souhaitée — couramment utilisé en parfumerie pour protéger la forme d’un flacon.

La marque. Les cosmétiques sont généralement protégés par le droit des marques, qui permet aux consommateur·rices d’identifier les produits et de les distinguer de la concurrence. Une marque doit être distinctive, disponible, licite et non déceptive (article L. 711-2 et suivants). Elle s’acquiert par enregistrement à l’INPI, à l’EUIPO ou à l’OMPI, et se protège 10 ans, indéfiniment renouvelables.

Un cumul de protections est-il possible ?

Une entreprise cosmétique peut cumuler plusieurs titres de propriété intellectuelle si elle remplit les conditions de chaque régime.

Droit d’auteur et dessins ou modèles. Ce cumul offre une protection plus large : en cas de nullité du dépôt de dessin ou modèle, le titulaire conserve la protection au titre du droit d’auteur, acquise sans formalité. La durée de protection combinée peut ainsi atteindre 25 ans au titre des dessins et modèles, puis 70 ans post-mortem au titre du droit d’auteur, avec en prime le bénéfice du droit moral en cas de contrefaçon.

Brevets et dessins ou modèles. Une création à la fois fonctionnelle et esthétique peut être protégée sur les deux régimes, à condition que son apparence ne soit pas exclusivement imposée par sa fonction technique (article L. 511-8).

Articles similaires

Laisser un commentaire